Caractéristiques de la végétation alpine

De Wikivalais

A l’étage alpin, les plantes ont à supporter des conditions de vie particulièrement dures La température annuelle moyenne de l’air, qui n’atteint plus que 0 à 1oC à la limite supérieure des arbres, décroît de 0,55oC par 100 m d’altitude. Entre 2200 et 3000 m, la proportion des précipitations qui tombent sous forme de neige passe de 60 à 90 % et la période de végétation diminue de 100 à 50 jours par an. Si la neige raccourcit la durée de la belle saison pour les plantes, elle les protège aussi contre le gel en hiver. Quant à l’insolation, elle augmente de 40 % entre 300 et 3000 m du fait que les rayons du soleil ont une tranche d’atmosphère moins épaisse à traverser. La surface du sol peut ainsi s’échauffer rapidement pendant la journée et atteindre une température plusieurs fois supérieure à celle de l’air. Les vents jouent un rôle important par leur action desséchante et leur force, surtout sur les crêtes, où ils réduisent l’épaisseur de la couche de neige protectrice. Enfin, les plantes doivent s’accommoder de sols rocailleux dont l’évolution est ralentie par le froid et l’érosion.

En réalité, les conditions de vie varient énormément d’un endroit à l’autre, en fonction de la pente et de l’exposition, ce qui permet à certaines plantes de se maintenir jusqu’aux plus hautes altitudes, dans des stations particulièrement bien protégées. Les variations se manifestent aussi dans le temps: lors de certaines années pluvieuses et froides, il arrive que les plantes des combes à neige ne sortent pas de leur léthargie hivernale. Dans ces conditions sévère, le monde végétal présente des phénomènes d’adaptation des plus intéressants.

Sommaire

Disparition des arbres et des annuelles

La limite supérieure de l’étage alpin est définie par la disparition des arbres. Plus haut, leurs chances de germination et de développement sont très minces et leur croissance fortement ralentie. Les végétaux ligneux doivent alors se faire petits ou rampants, pour bénéficier de l’effet protecteur du manteau neigeux en hiver.

Quant aux plantes annuelles, elles se raréfient, ne représentant plus que 4 % des espèces, contre 20 % sur le Plateau suisse. La période de végétation est trop courte pour qu’elles puissent achever leur cycle complet, de la germination à la fructification, en une saison. Quelques espèces font cependant exception: gentiane des neiges, gentiane délicate, orpin noirâtre et euphraises alpines, entre autres. Certaines sont devenues bisannuelles ou annuelles hivernantes, germant à l’automne déjà.

Nanisme

La plupart des plantes s’adaptent à l’environnement alpin grâce à une réduction importante de la taille des tiges et des feuilles, ce qui permet une économie non négligeable de matériel végétal, une utilisation plus intense de la chaleur du sol et une meilleure résistance aux vents violents. Cette adaptation est particulièrement intéressante à observer sur des espèces comme le lotier corniculé et la lunetière, qui se rencontrent aussi bien en plaine qu’à l’étage alpin. Le nanisme serait déterminé par les rayons ultraviolets, plus intenses en altitude. Le système racinaire ne subit aucune réduction et peut être même deux ou trois fois plus développé que la partie aérienne. Il existe différentes formes de plantes naines.

Les plantes en coussinet s’enracinent solidement dans les fissures et développent au ras du sol des calottes hémisphériques, constituées de ramifications très serrées. Le moment venu, les coussinets se couvrent de fleurs. Quel contraste entre les délicates corolles et leur environnement minéral! Sous la surface verte, les vieilles feuilles se décomposent et produisent un humus qui retient l’humidité et protège du froid. Cette forme semble créée exprès pour résister au vent et à la sécheresse. Elle est merveilleusement illustrée par l’androsace helvétique et par le silène acaule, dite aussi «mousse fleurie». qui se couvre pour quelques jours d’un rose éclatant.

Les plantes en touffes ou en rosettes ont aussi la faculté de protéger leurs bourgeons dans des masses de feuilles sèches et vivantes, d’où les hampes florales émergeront le moment venu. C’est l’exemple des primevères et d’une partie des saxifrages.

Les plantes en espalier sont des arbrisseaux nains, rampants, qui profitent au maximum de la chaleur du sol en épousant toutes ses aspérités. Ce sont surtout des saules: saule réticulé, saule à feuilles émoussées et saule herbacé, aux branches invisibles, enfouies sous terre. Les chatons permettent de distinguer les pieds mâles et femelles. Une même plante peut couvrir plusieurs mètres carrés. Essayez de soulever un rameau: il s’étale souvent à même le rocher, produisant son propre humus. Très lente, sa croissance n’excède en général pas 0,1 mm de diamètre par an! Comme autres exemples de plantes en espalier, citons l’azalée naine et la dryade à huit pétales. Les touffes de cette dernière ont besoin d’une soixantaine d’années pour atteindre 15 cm de diamètre! Cette végétation rase peut donc être aussi âgée que les forêts situées plus bas. Il lui faut beaucoup de temps pour se régénérer en cas de perturbation; on ne s’en rend pas suffisamment compte en ouvrant des grands chantiers à ces altitudes.

Transplantées en plaine, certaines espèces conservent leur forme d’origine, inscrite dans les chromosomes. Mais la plupart perdent leurs caractères «alpins». Il y a de quoi décevoir plus d’un jardinier amateur! Les edelweiss deviennent plus grands et moins duveteux. Pour les admirer dans toute leur splendeur rien ne remplace une sortie dans la montagne qui présente un décor et une ambiance à la hauteur de l’attrait des plantes.

Reproduction

Les fleurs de montagne passent pour beaucoup plus attrayantes que celles de plaine. Elles sont plus parfumées et plus vivement colorées. Cette pigmentation renforcée peut se comparer au bronzage de notre peau, qui assure une certaine protection contre les rayons ultraviolets. Les corolles paraissent souvent démesurées en comparaison des parties vertes; il suffit de penser aux gentianes à grandes fleurs bleues.

A l’étage alpin, la brièveté de la belle saison oblige toutes les espèces à fleurir pratiquement en même temps, d’où cette merveilleuse profusion de couleurs dans les pelouses d’altitude en juillet. Certaines espèces préparent leurs bourgeons à l’automne déjà, pour l’année suivante. D’autres, comme la gentiane de Clusius ou la soldanelle des Alpes, possèdent des feuilles persistantes qui recommencent la photosynthèse avant que la neige ait complètement fondu. D’ailleurs, c’est dans les pâturages encore partiellement enneigés qu’il faut chercher la soldanelle en fleurs; ses corolles volettes parviennent même à percer le manteau blanc.

En montagne, la pollinisation par le vent perd de l’importance. Ce sont le plus souvent les insectes qui assurent le transport du pollen, avec un gaspillage moindre. La grandeur et la coloration intense des fleurs ne sauraient les laisser indifférents dans leur quête de nectar. Et si les éléments se déchaînent au moment de la pollinisation, qu’à cela ne tienne, de nombreuses fleurs s’autoféconderont. Certaines plantes, comme les alchémilles ou les épervières, peuvent même donner des graines fertiles sans fécondation. Plusieurs espèces alpines peuvent aussi se reproduire par voie asexuées. Certaines comme la benoîte rampante émettent des stolons, de la même façon que le fraisier. D’autres produisent à même le tige des bulbilles, plantules miniatures qui se détachent à maturité et prennent directement racine. C’est le cas notamment de la renouée vivipare et du pâturin des Alpes, variété vivipare.

Records d'altitude

Les endroits bien protégés permettent à certaines plantes d’atteindre de très hautes altitudes. C’est ainsi que la renoncule des glaciers et l’achillées noirâtre ont été récoltées tout près du sommet du Finsteraarhorn, à 4270 m. Cinq autres espèces ont été observées au-dessus de 4200 m , à l’Epaule du Cervin: l’androsace des Alpes, la gentiane à feuilles larges, la saxifrage à deux fleurs, la saxifrage rude et la saxifrage mousse. En 1985, Egidio Anchisi détermine et signale une plante qui bat tous les records d’altitude dans le Alpes. Il s’agit de la saxifrage à deux fleurs, récoltée en fleurs à 4450 m sur l’arête sud du Dom des Mischabel par les alpinistes Grégoire et Pierre Nicollier de Sion.

Bibliographie

  • Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988

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