Beccroisé des sapins

De Wikivalais

Comme son nom l’indique, le beccroisé des sapins, est pourvu d’un bec dont les mandibules ne se chevauchent pas, mais se croisent. Cette bizzarerie constitue un outil parfait pour décortiquer les cônes d’épicéas ou de mélèzes, et en extraire les petites semences ailées avant que le cônes mûrs ne lâchent leur provende. Ce bec particulier est actionné par une musculature volumineuse et asymétrique qui vaut une grosse tête à son propriétaire; des pattes puissantes répondent à la nécessité de travailler sens dessus dessous pour accéder aux cônes pendus. Il est intéressant de noter qu’il existe trois espèces de beccroisés en Eurasie: le beccroisé bisfacié qui se nourrit essentiellement de semences de mélèzes, l’essence dominante dans son domaine principal (Sibérie), est doté d’un bec miniature en regard du beccroisé perroquet qui s’est spécialisé sur les solides cônes de pins en Scandinavie. Notre beccroisé des sapins a adopté une solution de compromis.

Très spécialisés, tous les beccroisés sont contraints de suivre le cycle de fructification de leurs plants nourricières pour se reproduire. Cela se traduit par une vie nomade et grégaire entraînant des fluctuations annuelles d’effectifs en fonction de l’abondance locale des cônes et par une période de nidification étonnante, dont la chronologie est réglée par la maturité des semences plutôt que par le déroulement des saisons. Les cônes se forment en arrière-été et mûrissent lentement pour s’ouvrir trois mois (mélèze,sapin), neuf mois (épicéa) voire vingt-deux mois (pin) plus tard. Les différentes espèces d’arbres disponibles chez nous permettent au beccroisé de nicher en toutes saisons. En réalité, la plupart des nids ont été trouvés de janvier à mai, et la saison de la nidification n’est pas si longue si l’on se réfère à une seul année.

Le beccroisé des sapins qui peut nicher en hiver n’apporte jamais d’insectes à ses poussins, et couve sa ponte dès le premier œuf pour éviter tout risque de gel. Il s’ensuit une grande différence de taille dans la nichée et une mortalité régulatrice en cas de difficultés d’approvisionnement. Après l’envol, les jeunes restent en famille tant que le cartilage du bec ne leur permet pas de nourrir eux-mêmes, soit en gros deux fois plus longtemps que les autres fringilles.

Le beccroisé n’est pas le seul intéressé aux fruits d’épicéas: le tarin, le sizerin et le venturon en sont également friands. Alors que le beccroisé se sert exclusivement sur l’arbre, les deux derniers ne peuvent exploiter que les semences tombées au sol. Il n’y a donc guère que le tarin à pouvoir concurrencer le beccroisé.: avec son fin bec, il peut se servir dès l’ouverture naturelle de cônes mûrs. A ce titre des mangeurs de semences, l’écureuil et le pic épeiche sont des concurrents bien plus redoutables, puisqu’ils peuvent démonter les cônes pour accéder aux semences. Mais ces deux espèces, peu nombreuses et peu mobiles, ne peuvent pas profiter des années d’abondance.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

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