Batraciens

De Wikivalais

Sommaire

Les urodèles

Les batraciens urodèles, salamandres et tritons, sont dotés d’une queue qui les fait ressembler à des lézards. Les premières se distinguent des seconds par leur corps boudiné. La salamandre noire, dont l’essentiel des populations vit au-dessus de 1000 m, dans de rares secteurs des Alpes bernoises, se passe d’eau libre, mais sort en nombre par les pluies d’orage entre juillet et septembre. Les femelles fécondées ne développent qu’un ou deux embryons qu’elles mettent au monde sous forme de larves autonomes et terrestres, après 3 à 4 ans de gestation : elles sont ovovivipares.

Plus massive, la salamandre tâchetée, noire maculée de jaune, ne monte guère au-delà de 1000 m et fait preuve d’un comportement reproducteur plus classique : la femelle «pond» en automne et au printemps quelques larves de 2 à 3 centimètres dans l’eau fraîche et limpide d’une source, d’un ruisselet encore calme, voire d’une fontaine. Semblables à de jeunes tritons, ses larves s’en distinguent par une petite tache claire à l’insertion de chacune des pattes. Elle est présente dans le Chablais jusqu’à Saint-Maurice ; son record d’altitude valaisan est détenu par un individu observé à 1043 m , à la Barme sur Champéry. Pollution et surtout enfouissement des ruisseaux condamnent ses sites de reproduction.

Dans la majeure partie du canton, le triton alpestre est le seul batracien urodèle. Ils se distingue facilement des salamandres par sa forme plus élégante et par les teintes vives du mâle : dos gris-bleu, ventre orangé, flancs soulignés d’un damier noir et blanc. Il séjourne volontiers plusieurs semaines dans l’étang. Il vit en colonies de quelques dizaines à quelques centaines d’individus (l’effectif record est détenu par le lac de Morgins où on en a compté au moins 2000 en 1985). Avec la grenouille rousse et le crapaud commun, c’est certainement le plus abondant de nos amphibiens.

Ses populations de plaine subsistent en quelques localités miraculées, là où un étang conservé au pied du coteau lui évite d’avoir à traverser une route. C’est le cas de l’étang du Rosel, à Dorénaz, dont la population est néanmoins tombée de plus d’un millier à quelques dizaines d’individus.

Sur le coteau au-dessous de 1200 m, naturellement rare par manque de site propice, il souffre de l’introduction de truites dans tous les plans d’eau. Ainsi, aux Mayens-de-Riddes une population florissante de 100 à 200 individus a été anéantie en quelques jours par une dizaine de truites arc-en-ciel introduites au printemps 1990. Après avoir dévoré les tritons, les truites, poissons d’eau courante comme chacun devrait le savoir, sont mortes asphyxiées! Bref, désormais c’est entre 1800 et 2100 m que subsiste le gros de ses effectifs.

Le plus beau et le plus grand de nos tritons, le triton crête, a disparu de la dernière station connue en Valais – l’étang du Rosel, à Dorénaz – en 1983 suite à l’abaissement de la nappe phréatique. Il s’agissait probablement d’une sous-espèce endémique.

Les anoures

Les grenouilles et les crapauds constituent la catégorie des anoures, caractérisée par l’absence de queue à l’état adulte. Le sonneur à ventre jaune, un petit crapaud pustuleux, à pupille en forme de cœur, colonisait la moindre flaque de la plaine du Rhône. Évitant les grands plans d’eau. A la moindre alerte, les sonneurs disparaissent dans les eaux sales des ornières ou dans les fossés putrides, leurs domaines préférés. Il a toujours été peu fréquent sur les coteaux où les sites les plus élevés sont connus aux Planches sur le Bouveret, à Montorge sur Sion, et – record d’altitude à Plex sur Collonges, mais sa reproduction n’y est pas prouvée. Son frêle appel nuptial sonne comme les aboiements lointains d’un chien et constitue le meilleur moyen de le repérer.

Boutonneux et peu attirant, le crapaud commun représente le prototype du crapaud que l’on rencontre de nuit ou par temps pluvieux, se déplaçant de sa lente démarche typique dans les prairies et les jardins, à la recherche d’un ver de terre ou d’une limace.

Le comblement des étangs, et surtout la disparition des prairies l’ont chassé de basse altitude où ne subissent plus que des populations reliques de 5 à 10 individus. Dès lors, les étangs et les lacs de moyenne montagne hébergent le gros des effectifs actuels qui se concentrent entre 1000 et 1500 m, là où subsistent de vastes prairies : Tanay, Derborence, et surtout Morgins, record Suisse avec plus de 10000 individus comptés en 1985. Ce crapaud semble se maintenir sur les plateaux de Savièse, Ayent et Lens, tandis qu’à Montana et à Champex, les sites fortement urbanisés sont désertés depuis peu.

Au-dessus de 1500 m, il semble avoir toujours été extrêmement localisé, bien qu’il ait pu atteindre voire dépasser 2000 m à Mattmak et à Arolla, deux stations aujourd'hui détruites, et à Bettmeralp et Gletsch, où il se reproduit encore. Ce dernier site, occupé par le glacier au siècle passé, n’a pu être colonisé que récemment.

La grenouille verte, par ses concerts retentissants et son habitude de rester à l’eau tout l’été, était sans doute la grenouille la plus connue. Abondante autrefois dans les eaux calmes et chaudes de la plaine du Rhône, cette petite grenouille d’un beau vert, et au dos lisse marqué d’une ligne médiane claire et bordé de deux bourrelets longitudinaux, est au bord de la disparition en Valais. Elle subsiste encore dans une petite gouille au cœur de la pinède de Finges, et dans quelques points de la plaine du Chablais. En fait, la dénomination de grenouille verte recouvre un complexe de trois espèces au moins : la petite grenouille verte, la grenouille rieuse et la grenouille verte. Cette dernière, issue d’un croisement est incapable de se perpétuer elle-même. La grenouille rieuse n’existait pas en Suisse, elle y a été introduite vers 1950 et s’est répandue avec succès dans toute la plaine valaisanne, atteignant la partie inférieure des grandes vallées latérales : Viège, Bagnes. Elle a causé la quasi disparition des deux autres espèces en Valais, en prenant leur fonction écologique, et elle menace aussi les autres batraciens qu’il lui arrive de dévorer. Christian Keim a constaté que cette espèce abondante et vorace décime les libellules du Verney, lors d’années sèches qui concentrent les larves d’insectes aquatiques sur de petits espaces inondés.

La grenouille rousse se rencontre théoriquement dans tout le Valais au-dessous de 2700 m, mais ses populations de plaine ont été décimées par l’usage généralisé des insecticides, l’extension du réseau routier, l’introduction des truites un peu partout, et de la concurrence de la grenouille rieuse ont déstabilisé les populations qui avaient survécu sur les bas-coteaux et se reproduisaient en plaine.

For heureusement, cette grenouille qui ne va à l’eau que pour pondre, subsiste fort bien en montagne. Elle détient d’ailleurs tous les records d’altitude avec des incursions au Riffelsee sur Zermatt (2757m) où elle ne paraît pas se reproduire et des reproductions authentifiées à Lona en Anniviers (2603m), à Tsofeiret dans le haut val de Bagnes (à 2572m). Dans ces cas-là, les étangs habités sont tous situés sur des replats bien exposés et abrités du vent. D’ailleurs, à ces altitudes extrêmes qui ne laissent guère que deux à trois mois pour assurer la maturation des œufs, les femelles pondent probablement une année sur deux seulement.

Un comptage au lac de Morgins en 1985 a permis de dénombrer plus de 1000 grenouilles rousses. A Derborence, un brusque retour du froid au printemps 1991 a provoqué un abaissement du niveau du lac et permis de dénombrer environ un millier de pontes prises par le gel. Cette grenouille se disperse dans les prés et les bois loin à la ronde, n’hésitant à traverser des rivières parfois importantes comme la Dranse au Châble. Elle réagit rapidement à l’apparition de conditions favorables : à Combioula, sous Hérémence, un bas-fonds laissé par une crue a rapidement été colonisé au point d’accueillir plus de 200 individus.

Trois dates, trois lieux ponctuent la lente disparition de la reinette verte, encore présente à Saillon dans les années 1950, à Montorge en 1961, et à Pouta-Fontana en 1974. En plaine du Rhône, cette petite grenouille arboricole ne subsiste plus qu’aux Grangettes, en territoire vaudois.

Ambiance

En mai, les grenouilles rieuses, au sommet de leur excitation nuptiale, tiennent un concert assourdissant sur les berges des étangs et des canaux de plaine où elles séjournent l’été. Par contre, sitôt la ponte déposée, la grande majorité des grenouilles rousses et des crapauds communs s’en est retournée sur les terrains de chasse, prairies ou forêts, n’hésitant plus à parcourir plusieurs kilomètres à pied. Et les nuages de têtards, qui soulignaient il y a quelques jours encore les sites de ponte des grenouilles rousses, se sont répandus sur les rives ensoleillées, tandis que les longs chapelets noirs, tendus par les crapauds communs au fond des eaux glacées de mars, se sont effacés au fil des éclosions.

Pour retrouver l’ambiance des pontes précoces des grenouilles rousses dans les eaux à demi gelées, il faut gagner les sites de montagne et suivre la fonte des neiges. Plus on monte, plus les grenouilles semblent pressées : elles n’hésitent pas à se rassembler sur le site encore couvert de neige dans l’attente de la future grenouille à peine marquée par une dépression. Pas question de prendre un jour de retard quand la ponte ne peut s’effectuer qu’à fin juin ou au début juillet. Cette longue approche amoureuse sur la neige fondante laisse des traces étonnantes qui ressemblent à l’empreinte d’une sole entourée de quatre doigts bizarrement répartis. Les prédateurs semblent connaître ces cérémonies ainsi qu’en témoignent les os récoltés par Richard dans une aire de hibou grand-duc du val de Bagnes en 1940.

Bibliographie

  • Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994

Article connexe



Outils personnels