1945-1965 : une société crispée

De Wikivalais.

Contrairement à l’économie où prévaut le libéralisme, la société valaisanne semble vivre un blocage dû à une absence de consensus sur les valeurs héritées. Frappée par l’émigration des jeunes qui refusent de suivre la voie de leurs parents, qui recherchent ailleurs des possibilités d’ascension sociale, elle assiste à la dévalorisation de tout ce qui se réfère au passé. Le faible niveau de vie, le conformisme villageois, la morale catholique, les contraintes familiales pèsent lourdement. Comme les changements matériels interviennent à un rythme plus rapide que celui de l’évolution sociale ou mentale, le clivage entre le mode de vie urbain et rural provoque un sentiment dévalorisant : les campagnards se sentent arriérés.

Sommaire

Des conditions matérielles difficiles

Aux difficultés matérielles que les milieux populaires affrontent après la Seconde Guerre mondiale s’ajoutent des facteurs liés aux aléas du sort. La mortalité tuberculeuse fait des ravages avant d’être maîtrisée par les mesures de dépistage, la généralisation de la vaccination et la prise en charge des soins par les caisses maladies.

La sécurité sociale : introduction de l'AVS

Par son intervention, la Confédération tente de mieux protéger la population : introduite en 1948 comme base de la sécurité sociale, l’Assurance vieillesse et survivants (AVS) qui est un élément-clé de la reconstruction morale de la Suisse, fonctionne sur le principe de la solidarité. En 1950, après les autres cantons romands, le Valais met en vigueur une législation cantonale sur les allocations familiales. Les répercussions de toutes ces mesures contribuent à ouvrir des perspectives d’avenir, à inspirer de la confiance, à amorcer un processus de décrispation de la société.

La formation

Cours ménagers à l'institut Sainte-Jeanne Antide, Martigny, 1950

La plupart des Valaisans ont droit à une formation élémentaire. L’école primaire se déroule dans le cadre du village. Les classes à degrés multiples sont tenues par des enseignants qui voient défiler plusieurs générations d’élèves au cours de leur carrière ; ils n’exercent leur profession qu’une moitié de l’année, vivant d’autres revenus de mai à octobre. La loi scolaire de 1946 abroge celle de 1907, mais elle conserve l’esprit en maintenant la scolarité annuelle à six mois. Quelques améliorations comme le dédoublement des classes, une meilleure hygiène dans les locaux sont apportées. Dans les années 1950, plus de la moitié des élèves valaisans entrent directement dans le monde du travail à la fin de la scolarité obligatoire. La nécessité de développer la formation professionnelle s’impose tardivement par la loi de 1957, qui met les infrastructures à la charge de l’Etat.

L'inadéquation des valeurs rurales

Le Valais se caractérise par une proportion majoritaire de gens domiciliés dans leur commune d’origine. Les moyens de locomotion étant limités, la vie sociale se déroule dans un cadre restreint. Les valeurs héritées valorisent l’immobilisme, l’attachement au lieu d’origine. Souvent l’identité locale s’affirme contre l’extérieur. Les valeurs héritées s’ancrent dans la continuité, dans le travail à poursuivre en conformité avec les usages et traditions.

La migration : indice d'une crise

Trait constant du XXe siècle valaisan, l’émigration quasi permanente est responsable du déficit annuel moyen de la balance migratoire entre 1900 et 1980. Ainsi, malgré un accroissement important des possibilités de travail dans le canton, les Valaisans continuent à partir. L’argent constitue le critère moteur d’une structuration sociale qui n’est plus restreinte au cadre local. On cherche à exister ailleurs.

La famille : garant des valeurs

L’institution familiale se situe au coeur de la transmission des valeurs et des références, et la mère de famille constitue la figure centrale de ce processus. Dans cet esprit, l’enseignement ménager pour les filles qui terminent leur scolarité primaire est rendu obligatoire dans tout le Valais en 1948. La famille fonctionne comme instance de contrôle des conduites et comme unité de production de biens.

Des clivages culturels

Le Valais est aussi marqué par des clivages culturels, notamment entre les villages et les villes ainsi qu’entre les différents groupes sociaux. Ils se signalent nettement par exemple à l’occasion des débats relatifs au suffrage féminin. En Suisse comme en Valais, la campagne suscite de vives polémiques : l’avenir de la société serait menacé par cette tentative d’émancipation féminine. Les opposants réagissent contre les transformations en cours. Au plus fort de la campagne, ils s’attachent à défendre le rôle de la mère au foyer, avec des considérations qui mettent en opposition les villes et les campagnes.

Bibliographie

  • Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002

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