Âge des roches

De Wikivalais
Plissement alpin

Le cadre chronologique de l’histoire de la Terre a été élaboré par les savants du siècle dernier, qui se servirent des fossiles exactement comme les préhistoriens se servent des pièces de monnaie qu’ils trouvent dans leurs fouilles. Monnaies et êtres vivants ont évolué au cours des temps et cette évolution permet une estimation d’âge relatifs : pour avoir trouvé plusieurs fois de suite, dans les fouilles, des pièces napoléoniennes dans des couches superposées aux couches romaines, vous en conclurez que Napoléon est postérieur aux empereurs romains, mais vous ne saurez rien du temps qui les sépare : cinquante ans ? deux mille ans ? La pièce ne vous le dit pas. Pareil pour les fossiles.

Les paléontologistes (spécialistes des fossiles) ont pourtant obtenu des résultats capitaux : sans eux l’histoire de la Terre serait totalement incompréhensible. On leur doit les grandes subdivisions en Ères géologiques : le Primaire (ou Paléozoïque), le Secondaire (ou Mésozoïque), le Tertiaire et le Quaternaire (ou Cénozoïque). Dans la suite de cet exposé, vous allez retrouver ces grandes subdivisions, mais également des subdivisions plus fines. Toujours par comparaison avec l'histoire, c'est comme si les grandes subdivisions, du genre civilisation égyptienne, puis civilisation grecque, puis civilisation romaine ne nous suffisant pas, nous nous trouvions obligés d'entrer dans quelques détails du genre République puis Empire romain. Mais soyez sans crainte: nous n'irons pas plus loin et la liste des empereurs vous sera épargnée…

Tout le monde sait que maintenant on dispose de données plus précises: l'âge absolu des roches. Ce qui permet de dire, par exemple, que le Secondaire a débuté il y a 230 millions d'années (ce qui s'abrévie 230 ma) pour se terminer, il y a 65 ma.

Cette information nous est fournie par la physique nucléaire. En effet, les éléments des roches peuvent contenir des isotopes radioactifs qui se désintègrent à vitesse constante en donnant naissance à des éléments stables nouveaux. Exemple : l'uranium 238 donne du plomb 206 en perdant la moitié de sa masse en 4,5 milliards d'années, ce qui est une très longue durée; à l'opposé, le carbone 14 perd la moitié de sa masse en 5600 ans. Chacun de ces éléments fonctionne à la manière d'un sablier, les uns ne laissant passer que très peu de sable, les autres en laissant s'écouler une grand quantité; tout le problème de la mesure du temps géologique est celui d'un sablier. Connaissant la vitesse d'écoulement, deux possibilités sont exploitables: ou bien vous connaissez la quantité de sable initialement disponible dans le compartiment supérieur et vous mesurez ce qui en reste, ou bien vous ne la connaissez pas, mais vous pouvez mesurer la quantité de sable présente dans le compartiment inférieur initialement vide. Ces valeurs une fois connues, il n'est pas sorcier de calculer depuis combien de temps le sablier a été retourné. En langage de géologue: depuis combien de temps l'horloge nucléaire s'est mise en route, autrement dit, depuis combien de temps la roche existe. Les isotopes à désintégration rapide, tel le carbone 14, ne permettent pas de remonter très loin dans le temps (quelques dizaines de milliers d'années) alors que d'autres, à désintégration lente, nous ont donné les âges de la création de notre Terre: 4,7 milliards d'années.

Dans les Alpes, nous allons être concernés par les derniers 500 millions d'années. Le tableau des subdivisions géologiques et de leurs âges reproduit ici reste une donnée purement abstraite. Cinq cent millions d'années, qu'est-ce que cela dit à notre imagination? Comparons donc la vie de la Terre à la durée d'une année; la création de la Terre remonte ainsi au premier janvier à 0 heure. L'ère primaire qui commence avec les fossiles, fait suite à une longue période sans fossile, qui dure jusqu'au… 18 novembre! Dons les grandes ères géologiques ne représentent même pas le sixième de la vie sur Terre. Le Primaire est relayé par le Secondaire le 13 décembre; le Tertiaire ne débute que le 24 un peu avant minuit et les glaciations du Quaternaire n'occupent que deux heures.

Bibliographie

  • Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994

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